Comment est né mon féminisme

Mis à jour : janv. 6

C'est sur mon féminisme, solitaire dans la pensée, collectif dans l'action, que je veux m'interroger. Gisèle Halimi




Un féminisme instinctif et la révolte comme fil conducteur

Depuis que je vis mon homosexualité au grand jour, il était bienvenu que je manifeste un féminisme à toute épreuve, que je reconsidère les inégalités hommes-femmes comme un sujet bouillonnant qu’il faut sans cesse récuser et remettre en cause. De ce fait, mon orientation sexuelle assumée devait se coupler d’un féminisme juste et impartial.


J’ai un féminisme instinctif. Il n’est pas inné, il s’est développé au fil du temps, construit au gré de mes expériences et de mes rencontres. Par chance, jusqu’à présent, j’ai toujours évolué dans un environnement bienveillant, je n’ai pas souffert de harcèlement ou de domination, ni dans le champ professionnel ni dans la sphère familiale ou affective. Et pourtant, cela ne m’empêchait pas de voir les trop nombreux dysfonctionnements dans notre société, les points noirs à corriger et les innombrables combats à mener.


Mon féminisme est né de discussions échangées avec des femmes lorsqu'elles me racontaient leurs déboires passés. Une d'entre elles avait subi des violences d'un homme addict à l'alcool. Une autre avait été violentée sexuellement par un membre de sa famille, une connaissance avait subi un viol après que son agresseur lui avait fait prendre des substances psychoactives. Ces femmes étaient reliées par des vécus tourmentés, où des jeux de pouvoir et des rapports de force régnaient en maître.


Cette violence dans le couple ou au sein de certaines familles me révoltait, car elle était cyclique et endémique. J'entendais la souffrance de ces femmes, leurs humiliations passées. Mon esprit s'ébouillantait, ma révolte grandissait, intérieurement je me sentais enragée, j'avais envie de dénoncer les zones d'ombre, les brimades, les camouflets. A une échelle plus large, je souhaitais dénoncer ces actes de violence, porter ma voix, mais comment ? Par le biais de l'écriture journalistique, c'est certain.


Je crois que le travail du journaliste est bien celui de porter une voix retentissante, de mettre en lumière des faits, d'informer, d'alerter, d'éveiller les consciences, de dénoncer des abus. Le journaliste doit avoir une bravoure.


Mon féminisme s'enracine dans une révolte qui est la mienne et qui conduit beaucoup de choses que je fais aujourd'hui. De cette révolte naît une volonté implacable que les choses bougent et changent.

Dans nos sociétés, ce sont toujours les femmes qui subissent et encaissent et certains hommes continuent de jouir de leurs privilèges et en abusent, dans la sphère professionnelle comme familiale. Ce sont des constats amers et tout cela doit changer.


Défendre des valeurs féministes

Pour espérer changer les choses, nous ne devons pas nous résigner mais bien nous dépasser. C'est la colère qui doit nous tenir ensemble. Les femmes ont toutes un rôle à jouer dans la société : rester dans le mutisme ou baisser la garde ne sont pas des solutions ; se libérer par la parole et agir sont les clés pour parvenir à une plus juste égalité des sexes.

Plaçons au centre de nos valeurs notre dignité de femmes pour une majeure émancipation dans l'accomplissement de nos droits et dans la lutte pour les atteindre. Que les femmes se délivrent de leurs chaînes.


Aujourd'hui, les femmes s'engagent plus. Le mouvement #MeToo a pris de l'ampleur en 2017, de nouveaux mouvements féministes sont nés dans la rue (les colleuses de slogan dans Paris) : ils souhaitent sensibiliser, changer les moeurs. Nous pouvons nous en réjouir car l'intention est libératrice et les femmes portent une voix qui interpelle, qui dérange.


Cela me fait penser aux mots de Guy Debord : rien d'important ne s'est communiqué en ménageant un public.


Enrayer les inégalités hommes-femmes c'est rétablir des salaires équitables, c'est neutraliser le harcèlement et le sexisme ordinaire dans les établissements scolaires, les dominations abusives au travail, par de la prévention et de la formation, c'est légiférer en entreprise. Les hommes qui abusent de leurs pouvoirs doivent en prendre conscience et déconstruire leurs préjugés bien ancrés dans leurs inconscients.


Je rêve d'une société où les femmes ne seraient pas désavantagées, au sein de laquelle elles ne se sentiraient pas lésées, uniquement parce qu'elles sont femmes. Je rêve d'une société plus juste avec plus de justice pour les femmes où les privilèges ne seraient pas que l'apanage des hommes.


Ce n'est pas un rêve, c'est un défi. Tous ensemble revendiquons une égalité femmes-hommes, dans tous les domaines.


Sabrina Piazzi



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