Fort comme un hypersensible - Chronique du livre de Maurice Barthélémy et Charlotte Wils

Mis à jour : avr. 1


En m'apprêtant à lire ce livre et en tant qu'hypersensible, je savais à l'avance que j'allais m'identifier à Maurice Barthélemy. Mon intuition s'est avérée juste, puisqu'en refermant l'ouvrage j'ai ressenti comme un sentiment de satisfaction et de plénitude : Maurice Barthélemy et moi nous ressemblons comme deux gouttes d'eau ! A la différence près qu'à l'inverse de lui, j'ai découvert mon hypersensibilité jeune, vers l'âge de 17 - 18 ans (sans forcément mettre de mots sur cette caractéristique, mon hypersensibilité - ou surefficience - et mon hyperémotivité viennent de ma mère).


Mais revenons au livre, Fort comme un hypersensible, dans lequel Maurice Barthélemy exprime pour la première fois la découverte de son hypersensibilité à l'âge de 45 ans, au moment de la rupture sentimentale avec la mère de sa fille, l'actrice Judith Godrèche, et suite à la lecture du livre Je pense trop de Christel Petitcollin. Durant sa jeunesse, on ne parlait pas d'hypersensibilité. C'est un terme qu'a mis en lumière la psychologue américaine Elaine Aron au début des années 90, se découvrant elle-même hypersensible ; l'acteur et réalisateur l'a donc découverte sur le tard.


Mais au juste qu'est-ce qu'un hypersensible ?

Sa caractéristique première est qu'il ressent absolument tout plus fort que les autres : les sensations, les sentiments, les émotions. Tout est exacerbé, intensifié, décuplé, tout déborde, les sens sont démultipliés. Non seulement l'hypersensible se retrouve régulièrement dans cet état mais de plus il recherche constamment l'intensité. Tout ce qui est fade, insipide et sans envergure ne l'intéresse pas.

L'hypersensibilité est donc une façon de ressentir la vie.


Ses caractéristiques sont tellement différentes de celles de la moyenne des gens que l'hypersensible se sent bien souvent à part et incompris, sauf par des gens qui ont cette même nature. C'est pourquoi pour se sentir bien émotionnellement, l'hypersensible ne s'entourera que de personnes comme lui.


Sur le plan mental, l'hypersensible réfléchit en permanence, il est doté d'un cerveau qui file à vive allure, rumine et ressasse. C'est le versant moins agréable de l'hypersensibilité : les évènements de la vie qui potentiellement pourraient arriver deviennent une source d'anxiété supplémentaire, qui va impacter ses émotions de manière bien plus significative que chez une personne moins sensible, qu'elle va juger comme secondaires et sans intérêt. Alors ça remue ses tripes, et ça le fait souffrir de vivre ses émotions de façon décuplées en permanence.


De par cette nature encline à l'anticipation et à l'inquiétude, qui appelle une grande sécurité intérieure, l'hypersensible se protège et s'enveloppe dans sa bulle. Le monde extérieur peut lui faire peur et il se sent vite agressé. C'est pourquoi de nombreux hypersensibles ressentent régulièrement le besoin de s'isoler. Maurice Barthélemy l'exprime dans son livre : il peut vite se sentir fatigué par une surstimulation le conduisant à une saturation émotionnelle.


Bruits, éclairages vifs, lumières artificielles, sont autant d'éléments qui dérangent souvent l'hypersensible. Maurice Barthélemy capte tous les sons qui produisent chez lui un agacement : il est atteint de misophonie, ce trouble psychique qui se distingue par une aversion aux bruits. Par ailleurs, doté d'un sens aigu des détails, il scanne les êtres de l'intérieur, son grand sens de l'observation lui permet de tout voir. C'est l'une des autres spécialités de l'hypersensible : sa sagacité.


Sur le plan des valeurs, bien souvent les hypersensibles ont des convictions fortes : ils sont rêveurs, idéalistes, altruistes et perpétuellement en quête de sens, qu'ils trouvent principalement en dehors de la sphère professionnelle. Car ce n'est pas le travail qui les stimule, mais les interactions humaines, les arts, les voyages, etc... Dans leur vie professionnelle, bien souvent les hypersensibles galèrent, ne se sentant pas à leur place : un de leurs points communs est qu'ils ont un parcours discontinu.

Leur manque de confiance en eux traduit un besoin de reconnaissance sociale qu'ils ne parviennent pas à combler par le travail. Ressentant une sensation d'inconfort au sein d'équipes qui sont plus à l'aise qu'eux, ils éprouvent des soucis de légitimité et en viennent même à s'excuser d'être là.


Chez Maurice Barthélemy, ce manque de confiance s'est en partie réglé en intégrant la troupe des Robins des Bois, qui sont devenus ses amis pour la vie et sa famille artistique. Mais pour quelqu'un manquant de sûreté, la confiance va et vient.


Ce manque de confiance qu'a longtemps trimballé Maurice Barthélemy le rend touchant. Entreprendre de raconter son histoire, faire le récit de son enfance quelque peu errante dans une famille qui l'a transbahuté d'un endroit à l'autre, de sa vie d'adulte traversée par ce besoin permanent de sécurité affective et d'être rassuré, font de Fort comme un hypersensible une réussite. Son récit suscite l'émotion et la tendresse de ceux qui en ont, et permet de mettre en lumière une différence riche que seuls les hypersensibles comme nous peuvent saisir dans sa totalité.


Alors Maurice et Charlotte, je vous remercie !


Sabrina Piazzi


Pour poursuivre avec le thème de l'hypersensibilité, vous pouvez découvrir les livres des psychologues, psychiatre et psychanalyste Elaine Aron, Judith Orloff et Saverio Tomasella.