Interview de l'actrice Jasmine Trinca qui signe son premier film "Marcel"

Dernière mise à jour : 25 juil.

Alors que s'ouvrait le 9 juillet dernier "Dolce Vita sur Seine", première édition d’un festival célébrant le jumelage culturel entre Paris et Rome, l'actrice italienne Jasmine Trinca était invitée à recevoir le prix Palatine. Son premier film en tant que réalisatrice, "Marcel", a été présenté en ouverture.


"Dolce Vita sur Seine" met en avant le cinéma italien d'hier et d'aujourd'hui et célèbre à travers différentes disciplines artistiques - cinéma, théâtre, photo, musique - la relation culturelle qu'entretiennent depuis 1956 les deux villes sœurs Paris et Rome. Au même moment, Rome rendait hommage au cinéma français avec La Nouvelle Vague.


"Seule Paris est digne de Rome, seule Rome est digne de Paris" (serment de fidélité fait par les deux capitales).


Jasmine Trinca est originaire du quartier Testaccio à Rome. C'est en 2001, à Cannes, que le grand public découvre l'actrice dans le film de Nanni Moretti "La Chambre du fils".

Depuis, l'actrice a enchaîné les succès avec de grands réalisateurs. Elle commence sa carrière de réalisatrice en 2020 avec un court-métrage "Being my mom", suivi de son premier long, "Marcel", tous les deux avec Alba Rohrwacher, une actrice que Jasmine Trinca affectionne tout particulièrement.

"C'est une tentative de réécriture de la relation mère-fille où la cruauté et la bienveillance coexistent entre deux femmes en train de grandir".


"Cela fait plusieurs années que j'étais curieuse de renverser le regard", explique Jasmine à propos de "Marcel".



"Marcel" qui sort le 27 juillet, raconte l'histoire d'une relation entre une mère et sa fille, une mère artiste de rue aimant passionnément son chien Marcel, jusqu'à parfois en délaisser sa petite fille insomniaque qui, elle, aime passionnément sa mère.



J'ai eu le privilège de rencontrer Jasmine Trinca et de m'entretenir avec elle.


Bonjour , ça va bien ?

Bonjour à toi !



Pourquoi avoir eu envie de passer de l'autre coté de la caméra ?

C'est compliqué... ça m'a pris des années. Souvent les acteurs, à force d'être tout le temps regardés, sont attirés pour essayer eux-mêmes de regarder les choses. Je doutais que j'étais capable de réaliser, car je n'avais pas fais d'études, mais j'ai travaillé il y a quelques années avec une comédienne magnifique, Valeria Golino, sur son premier film comme réalisatrice "Miele" et elle m'a montré que la mise en scène est tout autour d'un regard, comment chacun lit les émotions, la réalité.

Qu'as tu ressenti ? J’imagine que tu t'es entouré de personnes déjà expérimentées ?

La scénariste de mon court-métrage et de mon long métrage, Francesca Manieri, a créé avec moi le film. Elle a créé une dramaturgie comme un conte noir. La productrice est ma meilleure amie. On formait une équipe très féminine avec la chef-opératrice, avec les actrices aussi comme Alba Rohrwacher, que je connaissais un peu et que j'admirais beaucoup !

Pour moi, diriger un film, c'est vraiment le créer de A à Z. J'ai du mal à comprendre qu'une réalisatrice soit aussi actrice de son propre film, c'est trop, surtout quand on débute !

Bref, j'ai adoré l'expérience ! Je n’ai pas du tout ressenti que c'était un travail de direction mais plutôt un travail collectif.


Jasmine Trinca lors du festival "Dolce Vita sur Seine" - Photo : Caterina Sansone

Comment s'est fait la rencontre et le travail avec les deux actrices principales ?

On avait fait un court-métrage ensemble. Alba était toujours dans mes pensées pour incarner la mère et contrairement à sa réputation en Italie, j'ai toujours vu en elle un côté comique.

J'ai pensé à Monica Vitti, pour qui j’ai une vénération et qui a su jouer autant de rôles dramatiques que comiques.

Quant à la petite, qui est française d'ailleurs, Maayane Conti, elle a un grand talent. C'était sa première fois devant la caméra pour mon premier court-métrage, "Being my Mom". Elle m'a raconté qu'elle a écrit un film. C'est la fille d'amis à moi. J'ai du mal à faire passer des castings, je choisis mes acteurs et après je travaille avec eux. J'ai du mal à concevoir que les enfants peuvent être des acteurs professionnels car je crains qu'ils perdent leur vérité, leur puissance, leur naturel. Dans mon film, il y a plein d'amis qui ne sont pas forcément des acteurs.


Quand j'ai eu la possibilité de réaliser, j'ai choisi avec la scénariste d'enlever un maximum de texte pour ne pas souligner les choses qui sont déjà claires. Je comprends que certaines personnes ne vont peut-être pas tout comprendre de mon film, qui justement ne comporte pas beaucoup de dialogues. Ça vient aussi du fait que j'adore le cinéma muet (Charlie Chaplin, Buster Keaton...).

Est-ce que ça t'a donné envie de réaliser de nouveau ?

Le fait de réaliser m'a beaucoup plu. J'aimerai recommencer, mais à présent je voudrais laisser du temps, car le film est très intime, à la limite de l’autobiographie et donc chargé émotionnellement pour moi.

Y a-t-il un message que tu as voulu transmettre dans "Marcel" ?

Je ne pense pas qu'il y ait un message mais c'est vrai que c'est un film sur le processus, le cheminement, le parcours. J'ai été, dans ma vie, très chargée par la perte, le deuil. A travers mon film, j'ai essayé de renverser le regard sur le poids de la vie.

As-tu eu des références, des influences cinématographiques ?

Les comédies de Buster Keaton pour mon court-métrage, et pour "Marcel", plutôt Charlie Chaplin avec "Le Kid". J'ai voulu, de la même manière, créer mon film à travers le regard, la mémoire et la subjectivité de la petite fille. Tout ça me donnait la possibilité d'être libre sur la perception de la réalité.

Étais-tu surprise du résultat une fois le film terminé ?

Non, même si je pensais faire une comédie ; en voyant le film fini, je me suis aperçue qu’il était plutôt mélancolique. Le film m'a libéré et m'a rendu heureuse.

Certes, j'ai rencontré plein de difficultés pendant le tournage, comme tourner avec un chien, c'était un cauchemar !

En tant qu'actrice, j'ai compris avec le temps, que les choses difficiles qui arrivent sur le plateau doivent être mises dans le film. Il ne faut pas trop idéaliser le film qu'on est en train de tourner. Sans dévoiler l'histoire, le chien est une projection de l'amour et de la perte !


Jasmine Trinca lors du festival "Dolce Vita sur Seine" - Photo :Caterina Sansone

Es-tu en tournage en ce moment ?

Je viens de terminer un tournage avec la réalisatrice Léa Todorov et avec comme partenaire Leïla Bekhti. Un film tourné à la fois à Paris et à Rome. Sinon actuellement, je suis en tournage à Rome d'un film décliné en série, adapté d'un roman d'Elsa Morante, "La Storia".

Tournes-tu plus en Italie ou en France ?

Je tourne plus en Italie, même si j'ai commencé avec un film français d'Alain Tasma, "Ultimatum" avec Gaspard Ulliel. Puis j'ai tourné avec Emmanuel Mouret et Bertrand Bonello. J'ai plein de liens amicaux avec la France !

Et du côté américain ?

J'ai fait un film américain et c'était une expérience mitigée. Je reste ouverte aux propositions, mais je pense que le cinéma américain demande une présence différente de la part de l'acteur.



Et comment a été reçu le film à Cannes et en Italie ?

A Cannes, c'était une soirée magique, il y a eu un bon retour et un bon accueil. C'était un moment spécial et chaleureux !

Mon film est déjà sorti en Italie, juste après le festival de Cannes. Malheureusement, les italiens ne sont pas retournés dans les salles suite à la pandémie, alors que mon film n'est déjà pas forcément grand public ! J'ai le sentiment qu'en France, vous aimez encore plus le cinéma que chez nous !


Merci, merci !

Merci, grazie !

"Marcel" est un conte poétique et tendre, dur parfois, mélancolique, qui fait penser à "La Strada" de Federico Fellini. Un film singulier qui mérite d'être vu par le plus grand nombre!

Sortie en salles le 27 juillet.

Interview et article : Cédric Cilia




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