Jean-Paul Gaultier et "Cinémode" à la Cinémathèque de Paris


L'exposition "Cinémode" imaginée par Jean-Paul Gaultier explore l'évolution des représentations des femmes et des hommes au cinéma et dans la mode.


L'association du couturier avec le septième art sonne comme une évidence. L'exposition est dédiée à la réalisatrice Tonie Marshall, disparue en mars 2020, amie de longue date de Jean-Paul Gaultier. C'est avec elle que "l'enfant terrible de la mode" avait imaginé et préparé cette exposition pour ainsi rendre hommage à l'actrice Micheline Presle, mère de la réalisatrice, dont tout jeune il a été amoureux.


C'est en voyant le film "Falbalas" de Jacques Becker (1945) avec Micheline Presle justement que Jean-Paul Gaultier, subjugué par les costumes de l'actrice, a pour la première fois le désir de faire une carrière dans le stylisme.


En 1976, il lance sa première collection, inspirée par les femmes très modernes affichant une attitude "néo-féministe" fréquentant la célèbre boîte de nuit parisienne le Palace. Il s'amuse en mélangeant les genres, associant le Perfecto en cuir de Marlon Brando dans "L’Équipée sauvage" à une jupe tutu à la Brigitte Bardot période années 50, ou encore en s'inspirant de "Grease".


Le couturier est un grand cinéphile, c'est donc tout naturellement qu'il nous offre un voyage somptueux à travers les genres et les styles vestimentaires vus sur grand écran, une sorte d'histoire croisée entre le cinéma et la mode.


Il nous dévoile quels films l'ont inspiré et nous raconte la proximité au fil des années des grands couturiers avec les actrices, comme l'étroite et fidèle association de Catherine Deneuve avec Yves Saint-Laurent.



"Sans le film Falbalas, je n'aurais pas fait ce métier" : Jean-Paul Gaultier



Dans les années 70, le cinéma popularise le scandale avec des héros travestis à la sexualité outrancière comme dans "The Rocky Horror Picture Show" (1975), ou mettant au placard la bienséance comme dans le subversif "Querelle" de Rainer Werner Fassbinder (1982) avec ses marins phalliques.


Marqué par le côté homo-érotique et par la marinière que porte Brad Davis dans le film, Jean-Paul Gaultier transformera ce vêtement en un symbole de "l'homme-objet".

Son premier défilé prêt-à-porter masculin de 1983 revisite la marinière, dénudée dans le dos, et en fait rapidement un emblème de sa marque.


Bien sûr, le couturier s'inspire des actrices incarnant une nouvelle image de la femme, une femme forte, ultra féminine, au caractère explosif comme Brigitte Bardot dans "Et Dieu... créa la femme" (Roger Vadim, 1956), Marilyn Monroe dans "Les Hommes préfèrent les blondes" (Howard Hawks, 1953) ou Rita Hayworth dans "Gilda" (Charles Vidor, 1946).


La carrière de Jean-Paul Gaultier est intimement liée au cinéma depuis le début. Il a été membre du jury du Festival de Cannes en 2012, ses goûts cinématographiques sont très éclectiques.


Il y a un réalisateur en particulier en lequel il se reconnaît et avec qui il collabore à plusieurs reprises : Pedro Almodovar. Les deux artistes ont plusieurs intérêts en commun : les couleurs, les scènes de rue comme source d'inspiration et la transsexualité qu'ils rendent visible chacun à leur manière. Gaultier signe les costumes de Victoria Abril dans "Kika" (1993), "La Mauvaise éducation" (2004) et "La piel que habito" (2011).


Guidé par Jean-Paul Gaultier, le visiteur déambule dans les allées de l'exposition en s'immergeant dans l'Histoire du cinéma, de ses grandes actrices et de leurs couturiers, à travers une sélection de films inspirants de l'impertinence et de l'émotion, à l'image de la carrière du styliste.


L'exposition se divise en cinq parties :


- autour du film "Falbalas", là où tout a commencé pour Jean-Paul Gaultier.


- autour de la réinvention du genre au cinéma pour la femme qui est passée de la courtisane à la Superwoman et pour l'homme du macho au dandy.


- les transgressions en tout genre sur grand écran.


- les personnages de fiction parés de costumes métalliques comme dans "Barbarella" avec Jane Fonda (costumes de Paco Rabanne).


- enfin les défilés qui pour Jean-Paul Gaultier s'apparentaient à de véritables shows et qui ont été également exploités au cinéma : "Saint-Laurent" de Bertrand Bonello, "Prêt-à-porter" de Robert Altman, "Absolument fabuleux" de Gabriel Aghion pour lequel Gaultier a signé les costumes.


L'exposition "Cinémode" à la Cinémathèque de Paris se poursuit jusqu'au 16 janvier.

Puis elle voyagera à travers l'Espagne dans plusieurs Caixa Forum jusqu'en janvier 2024.


Pour les cinéphiles, pour les amoureux de la mode, pour une certaine transgression des codes que Jean-Paul Gaultier incarne, cette exposition diversifiée et riche est un véritable régal. On admire les costumes du couturier et d'autres et on se réjouit de revisionner des extraits de films cultes comme "Huit femmes" de François Ozon, "Orange mécanique" de Stanley Kubrick ou "Blow-Up" de Michelangelo Antonioni.


"Faire de la mode est un métier très cinématographique, préparer un défilé c'est trouver des mannequins comme on trouverait des acteurs ou des actrices pour un rôle, de préférence des personnes singulières qui bousculent vos idées". Jean-Paul Gaultier


Cédric Cilia


(Photos Cédric Cilia - Tous droits réservés)

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