La Beauté du ciel - Chronique du livre de Sarah Biasini

Mis à jour : mars 10

"Peut-être que j'allais chercher quelque chose d'impossible. Sa résurrection ? Et qu'à part


ça rien ne m'intéresse ?" Sarah Biasini sur sa mère, la magnétique Romy Schneider.


"Être émue par la beauté du geste et non par la tristesse". Extrait du livre La Beauté du ciel.



Nul n'a besoin de présenter cette comédienne de 43 ans, Sarah Biasini, fille de Romy Schneider, qui signe ici son premier roman, La Beauté du ciel, à l'écriture fine et délicate. Cette femme choisit de s'adresser à sa fille Anna, qui au moment d'entamer l'écriture du roman n'est pas encore née.


L'écrivaine démarre le livre par le récit d'une douloureuse nouvelle, la profanation de la tombe de sa mère, le 1er mai 2017, à Boissy-sans-Avoir, petit village des Yvelines où l'actrice allemande avait acheté une propriété vers la fin de sa vie.

C'est en partant de cet évènement-choc qui l'a durement affectée que Sarah Biasini va se questionner sur l'impossible deuil, le chagrin provoqué par la disparition de sa mère, partie alors qu'elle n'avait que quatre ans et demi. A la mort qui l'habite et qui la hante, au manque de cet être irremplaçable qu'elle a si peu connue, Sarah Biasini oppose la vie. Il n'y a d'ailleurs aucune séparation chez elle entre la vie et la mort : elles s'entrecroisent en permanence.


Comment envisager la vie quand on a été entouré par la mort si jeune (Sarah Biasini a aussi perdu son demi-frère David Christopher Meyen, décédé tragiquement à l'âge de 14 ans en 1981) ? On l'appréhende, et une fois adulte on se préoccupe plus que de raison, on la traverse avec beaucoup d'angoisses. Sarah Biasini est du genre à se biler très vite : peur que les drames vécus durant l'enfance se rejouent dans le présent, peur de ne pas être à la hauteur en tant que jeune mère, peur de la perte douloureuse d'un enfant, et tout un tas d'autres anxiétés dont elle parle à coeur ouvert.


Tout le roman est traversé par des questionnements, des interrogations permanentes de l'ordre de l'intime, sur les liens qu'elle entretient avec ses morts et ses vivants, la relation à sa fille, la notion d'attachement, de transmission et d'amour maternel : il y a cette phrase qui est une pépite, "Je veux rendre tout ce que j'ai reçu et qui m'a permis d'arriver jusqu'à toi".


Sarah Biasini est habitée par des souvenirs et une mémoire vive, qu'elle désigne comme "ses pensées magiques". Lorsqu'elle regarde sa fille, des images de son passé surgissent, des réminiscences de l'enfance, auprès de sa mère, de sa grand-mère adorée très protectrice, dont elle dit d'elle que "sa fontaine d'amour maternel est intarissable", et de sa nounou Nadou.

"Les premiers mois tout n'est qu'odorat et toucher, les sens les plus voyageurs".

Les souvenirs s'égrènent et noircissent les pages du livre. Sarah Biasini exprime son grand besoin de protection, même adulte, et celui d'être choyée comme une enfant devient une nécessité : "je surprends chez moi des besoins d'enfant".


La dernière partie du livre est consacrée pleinement à sa mère. Comment grandir et se construire dans l'absence, dans le manque de celle-ci ? Comment trouver un second souffle, et donner un sens à son existence après une telle perte ?

Sa mère, le grand public la connaît et pense qu'elle lui appartient, tout le monde l'abreuve de questions qu'elle vit comme une agression et qui lui font ressentir comme un viol de sa propre intimité. Seule elle et sa famille savent qui était la véritable Romy Schneider.


Les pages se tournent, l'auteure de ces lignes referme le livre, littéralement gagnée par les larmes et emportée par la beauté des dernières phrases, très sensible au monde intérieur de Sarah Biasini. L'envie serait de passer encore un petit peu de temps plongée dans son univers, en me laissant happer par ses histoires, tantôt teintées de tristesse, de mélancolie, tantôt joyeuses, mais heureusement "Il n'y a pas de fin [...]"...


Avec La Beauté du ciel, Sarah Biasini tisse un récit simple, sincère et touchant, nous dévoile une part de son intimité, et pourtant malgré cela, elle semble toujours aussi secrète. C'est ce qui rend cette oeuvre encore plus belle.


Sabrina Piazzi