Les murs de Paris pleurent la pionnière du Street Art, Miss Tic


Miss Tic s’en est allée, les murs de la capitale pleurent la pionnière du street art en France.


L’artiste de rue Radhia Novat, alias Miss Tic, a rendu sa dernière œuvre ce dimanche 22 mai à l’âge de 66 ans. Sa mémoire restera à jamais gravée sur les murs de la capitale.


Une signature, une œuvre. Son nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, il est probable que vous ayez déjà croisé, sans même vous en rendre compte, l’un de ses célèbres pochoirs au détour d’une escapade dans certains quartiers de Paris. Des pochoirs mettant en scène des silhouettes brunes et sexy, semblables à celles que l’on voit dans les magazines féminins et accompagnées de courtes pensées poétiques et toujours féministes.


La plasticienne aimait être subversive et jouait avec le son et le sens des mots de la langue française :


Je fais des frasques de mes fresques


Délivrez-moi du mâle


Je joue, oui


Ses femmes, qui n’avaient pas un discours politiquement correct, racontaient l’artiste, sa vie, ses convictions, ses désirs, ses frustrations et ses inspirations.



Une escale en Californie à la fin des années 70 va bouleverser son destin


Radhia naît le 20 février 1956 à Montmartre. Très jeune, elle est confrontée à la mort de ses proches en perdant sa mère et son frère dans un accident de voiture, puis son père emporté par une crise cardiaque six années plus tard. Elle se rêvait danseuse, mais le destin en a décidé autrement. Après une blessure, ce sont les arts appliqués qui sont venus la chercher. À la fin des années 70, l’artiste plasticienne s’installe en Californie et assiste à la naissance du hip-hop et de son expression artistique, notamment les graffitis. C’est une révélation pour la jeune femme qui commence à écrire sur les murs parisiens dès son retour en France au début des années 80. Paris était encore un territoire vierge pour les graffeurs à cette époque. Elle côtoie les premiers artistes qui peignent sur les murs et développe une technique de pochoir à l’aérosol. Miss Tic - nom emprunté au personnage de la sorcière Miss Tick de la Bande à Picsou - est née !



De l’illégalité à la reconnaissance du street art


Son premier pochoir voit le jour en 1985 sur un mur du 14e arrondissement de Paris. La pratique est illégale, Miss Tic sort la nuit et bombe sans autorisation. La styliste Agnès B. la remarque et lui donne l’occasion d’exposer ses fresques dans l’une de ses galeries. Pour cette grande amoureuse des arts, c'est l’heure des premiers succès, mais aussi des premières arrestations lorsqu’elle est prise en flagrant délit de taggage. Elle est condamnée en 1999 à verser 22 000 Francs à un propriétaire qui l’assigne en justice. Dès lors, l’artiste demandera la permission avant de poser ses pochoirs sur un mur.


Les années 2000 reconnaissent enfin le street art. Miss Tic intéresse les galeristes mais aussi les marques : les commandes affluent. 2007 est une très belle année pour l’ensemble de son œuvre : son travail part à Londres et fait partie de la collection du Victoria & Albert Museum. Elle se voit également confier la réalisation du film La Fille coupée en deux de Claude Chabrol.


À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes en mars 2011, la Poste affiche sur ses timbres quelques pochoirs significatifs du travail de l’artiste féministe. En 2013, le tram de Montpellier inaugure une nouvelle ligne aux motifs de ces femmes en noir.



Féministe dans l’âme sans être pour autant une militante activiste


Féministe, elle se voyait plutôt comme une anarchiste. Sans être une activiste, elle militait pour la cause des femmes à travers ses créations murales. Celles qu’elle bombait étaient celles que la société machiste voulait voir : des femmes belles et sexy ! Leur donner la parole permettait à Miss Tic de casser cette image de femme-objet et d’exprimer à travers elles des revendications progressistes. Loin des stéréotypes, ses femmes sont libres, de penser, d’exprimer leurs désirs, quitte à être provocatrices et à contre-courant.



Une femme amoureuse de la poésie et de la vie


« La poésie, c’est la vie, pas juste de la littérature ! », disait-elle. Avant de peindre ses silhouettes féminines, Miss Tic voulait juste écrire de la poésie sur les murs de Paris. Elle bombait alors un autoportrait pour illustrer sa prose. Puis, lassée de sa propre image, elle tague les femmes qu’elle voit dans les médias. Son inspiration ? Elle la trouvait dans la vie, à regarder les gens passer, assise à une terrasse de café. Ce qui l’agitait ? Le désir ! « Pas uniquement le désir sexuel, mais le désir de désirer encore et encore ! ». Elle reprenait alors les mots de Paul Éluard pour compléter son propos : « le dur désir de durer ». C’était son souhait en effet : s’inscrire dans la mémoire de Paris. C’est désormais chose faite ! Ce qu’elle regrette le plus ? Qu’elle n’ait pas réussi à donner naissance à un mouvement littéraire : l’écriture poétique murale. Qui sait si sa disparition ne donnera pas envie à certains artistes en herbe de reprendre le flambeau ?


Simon Labre

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