Sans Filtre : la Palme d'or de Cannes 2022 est un OVNI !



Le réalisateur suédois Ruben Östlund appartient désormais à la catégorie des neuf réalisateurs ayant remporté deux Palmes d'or à Cannes. Après avoir acquis une reconnaissance internationale en 2017 avec "The Square" en recevant sa première Palme d'or, Ruben Östlund remporte sa seconde Palme cette année avec "Sans Filtre" ("Triangle of Sadness", titre original).


Avant toute chose, "Sans Filtre" est le premier long métrage du réalisateur suédois en langue anglaise.


En voici le pitch : après la Fashion Week, Carl et Yaya, jeune couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l'équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine (admirablement interprété par l'acteur Woody Harrelson) refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Les évènements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s'inversent lorsqu'une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.


Pour ceux qui sont familiers du cinéma de Ruben Östlund, ils ne seront pas surpris de retrouver un certain goût du cynisme dans son regard porté sur les failles du genre humain, sujet cher au réalisateur !


L'attrait de nos jours très accentué pour la superficialité et l'esthétique du "faux"/"transformé" est largement évoqué, voir moqué dans le film. Dans le titre originel tout d’abord : "Triangle of Sadness" fait allusion aux rides dites "du souci" que nous avons entre les yeux et qu'il est aisé de supprimer en chirurgie esthétique grâce au botox. Le titre français peut aussi faire penser à tous les filtres de nos smartphones que nous aimons utiliser sans modération sur nos photos et nos selfies !


Le réalisateur se penche, dans un premier temps, sur le milieu de la mode et sur son diktat du corps et du visage "parfait", autant chez les femmes que chez les hommes. L'obsession du "beau et sexy" préconisé dans ce milieu en devient, du point de vue du réalisateur, ridicule et même pathétique ; son regard n'en reste pas moins à aucun moment malveillant.


Selon ses dires, c'est en rencontrant sa femme, photographe de mode, il y a huit ans, qu'il a été inspiré par son métier et son milieu… Il s'intéresse ici à la beauté comme monnaie d'échange dans l'échelle sociale.


Le regard du réalisateur est très affûté, cynique certes, mais toujours juste sur l'état de notre société du fake, de la superficialité des corps, d'une certaine dictature de l'image, d'une société de consommation à outrance où le paraître prend toute la place, surtout depuis l'ère des émissions de télé-réalité, des smartphones et des réseaux sociaux, là ou il est préférable d'être le plus beau et le plus sexy et appartenir, cela va de soi, à une certaine classe sociale !


© Plattform-Produktion

Dans la deuxième partie du film, notre couple de mannequins fait une croisière sur un yacht. Le réalisateur pose son regard aiguisé sur les différentes hiérarchies sociales et leur soi-disant importance. Ruben Östlund ne cache pas son goût pour la provocation du débat, de la discussion.


"Ce qui m'intéresse, c'est quand mes personnages échouent".

Il aime bousculer, provoquer des réactions et il le fait très bien, ici encore !


"Je m'inspire des théories marxistes montrant comment nos comportements changent en fonction de notre position sociale".


Il dit encore :

"J'ai envie de créer un environnement attrayant pour parler de sujets sérieux."

"Formaliste et dogmatique à mes débuts, j'ai voulu dans mes films aller plus loin en trouvant l'équilibre entre l'humour et un côté plus faste et sérieux."


Connu pour faire de multiples prises, Ruben Östlund a été fortement inspiré par les réalisateurs des années 70 questionnant la société, audacieux, divertissants et faisant réfléchir, tels que Luis Buñuel, Jean-Luc Godard et le cinéma d'auteur européen en général.


"Sans Filtre" est un film portant un regard extrêmement intelligent et lucide sur notre société avec une certaine dose d'humour, de cynisme et de recul.


A voir dès le 28 septembre dans les salles françaises.


Cédric Cilia



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