Tavernier était amoureux du septième art

Mis à jour : avr. 2


Le réalisateur Bertrand Tavernier est décédé le 25 mars à 79 ans. Il souffrait, dans les derniers temps, d'une pancréatite.

Originaire de Lyon, c'est tout naturellement qu'il y tourne son premier film, L'horloger de Saint-Paul en 1974. Fidèle à sa ville, il deviendra le président de l'Institut Lumière, dirigé par Thierry Frémaux.


Passionné, militant, le cinéaste multi-césarisé fera, tout au long de sa carrière, entendre sa voix pour défendre l'exception culturelle française, les droits des auteurs ou encore la légalisation des sans-papiers. Grande gueule engagée, il ne pouvait en être autrement avec un père critique et résistant, le poète René Tavernier (qui créa la revue Confluences dans laquelle il publia Paul Eluard et Louis Aragon durant l'Occupation).

La famille Tavernier se lie d'amitié avec Elsa Triolet et Louis Aragon. D'ailleurs, le poème de ce dernier, Il n'y a pas d'amour heureux, a été écrit pour la mère de Bertrand Tavernier, Geneviève.


Enfant, Bertrand Tavernier trouve refuge dans les livres. Outre la littérature, il se passionne pour le jazz, le blues et le cinéma : c'est la voie qu'il choisira pour s'épanouir.

Etudiant parisien au lycée Henri IV puis à La Sorbonne, il fréquente la Cinémathèque et avec des amis, il tente de réhabiliter le cinéma américain des années 40 et 50 qui est absent des écrans à cette époque.


Bertrand Tavernier aime tous les genres de cinéma ; il est doté d'une curiosité sans borne et réfute toute chapelle. Il revendique son admiration pour le classicisme. Son enthousiasme le mène à écrire dans de grandes revues spécialisées comme Les Cahiers du cinéma ou Positif. Il devient attaché de presse du producteur Georges de Beauregard. Avec son premier film, L'horloger de Saint-Paul, il rend hommage à sa ville natale Lyon, ses "bouchons", sa gastronomie, le Beaujolais tel un bon vivant qu'il était. Il y traite du rapport filial entre un père, incarné par Philippe Noiret (qui deviendra son acteur fétiche) et son fils accusé de meurtre.

Ce sujet cher au cinéaste sera au coeur de la trame de certains autres de ses films comme Un dimanche à la campagne (1984) et La Princesse de Montpensier (2000).


Tavernier, le discret mais bavard, l'indigné, le passionné, féru de culture, est un artisan, un terrien. Tavernier le boulimique, le vorace, tourne un film par an. Son cinéma est éclectique, il se promène d'un genre à l'autre.


En 1980, avec La Mort en direct, il interroge les dérives voyeuristes de la télévision.

L'année suivante, il réalise Coup de torchon, une fable tragique sur une humanité pataugeant dans tous les vices ; le film est une véritable satire du colonialisme et du racisme. Mettant en vedette Isabelle Huppert, le film décroche une nomination à l'Oscar du meilleur film étranger en 1983.


Fasciné par la violence, il exploite le sujet dans ses oeuvres les plus sombres, L627 (1992) et L'Appât (1995), film qui marque un tournant dans la carrière de l'actrice Marie Gillain.


Il réalise également des films en costume, citons Que la fête commence en 1975, La Vie et rien d'autre en 1989 ou encore Capitaine Conan en 1996.


En 2009, il dirige sa première et unique expérience américaine avec le film Dans la brume électrique, un polar métaphysique adapté du roman de James Lee Burke, Dans la brume électrique avec les morts confédérés, qui a pour vedette Tommy Lee Jones.


Mise à part ses innombrables films, son amour du cinéma s'exprime également dans de nombreux ouvrages, notamment Amis Américains, un livre d'entretiens de mille pages que Bertrand Tavernier met au point en cinquante ans. On y retrouve les témoignages de grands réalisateurs américains comme John Huston, Elia Kazan ou Robert Altman.

De la même manière, il réalise en 2016 le documentaire de plus de trois heures Voyage à travers le cinéma français dans lequel il revient sur sa vie, à travers les films qu'il affectionne.

Regarder son documentaire-testament est sans nul doute un bon moyen de mieux connaître l'homme, profondément humaniste, derrière l'artiste.


Cedric Cilia

Crédit photo : photo issue du Point.fr (je déclare n'avoir aucune intention de porter atteinte aux droits d'auteur).


Retrouvez une mini-sélection de mes films préférés de Bertrand Tavernier :


Que la fête commence (1975) avec Nicole Garcia, Philippe Noiret, Jean Rochefort, Michel Blanc, Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte.


Le Juge et l'assassin (1976) avec Isabelle Huppert, Philippe Noiret et Michel Galabru.


Coup de torchon (1981) avec Isabelle Huppert et Philippe Noiret.


La Vie et rien d'autre (1989) avec Sabine Azéma et Philippe Noiret.


Quai d'Orsay (2013) avec Thierry Lhermitte, Niels Arestrup et Raphaël Personnaz.

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