Trouble - Chronique du film de Catherine Diran

Mis à jour : avr. 6


Catherine Diran réalise avec Trouble son premier film, dans lequel elle y a mis beaucoup d'elle-même, comme dans le personnage d'Anna qu'elle incarne, un sacré bout de femme et un alliage de plusieurs facettes, radieuse, au regard empreint de tristesse mais au sourire magnifique qui réintroduit immédiatement de la lumière en elle.


Trouble est une fiction aux accents autobiographiques puisque la réalisatrice a choisi d'y parler de sa souffrance, l'épilepsie, une maladie qu'elle porte en elle depuis l'enfance.


C'est à Valence que s'ouvre le film, nouveau paradis d'Anna qui a investi dans l'achat d'un appartement et qui se retrouve à gérer tout un tas de couacs. Sa mère, Alice, fraîchement débarquée de France, pénètre petit à petit dans son univers, sa fille lui faisant découvrir la ville au gré des balades dans les barrios ou près du front de mer. Mère et fille se retrouvent et c'est un parfum de nostalgie qui les gagne, avec l'évocation d'un ancien amour toujours présent dans le coeur et dans l'esprit d'Alice.

La toile de fond reste l'épilepsie que la mère a du mal à accepter et dont elle ne parle pas. Comment briser le silence et toutes les choses qu'Anna et Alice ne se sont jamais dites au sujet de la souffrance de sa fille ? C'est la peur qui les tient : la première qui vit dans la crainte permanente des crises qui peuvent surgir, des chutes qui s'ensuivent et qui peuvent abîmer le corps, le visage. La seconde porte le regard inquiet d'une mère qui angoisse intérieurement pour sa fille dont la maladie est imprégnée dans ses cellules et qui ne connaîtra jamais la tranquillité de l'esprit.

Anna et Alice se redécouvrent, se transmettent mutuellement des choses et veillent l'une sur l'autre. Une attention qu'Anna aimerait aussi avoir de son homme, resté à Paris, qui manque à ses promesses.

Malgré cela, Anna tente de faire fi de tout ce qui va de travers, et choisit pleinement de vivre et d'exister ! Elle recroise la route de Raphaël, cet homme à la voix douce et posée, qui éprouve une même noirceur et des blessures non cicatrisées. Le temps d'un boléro, cette danse envoûtante espagnole à trois temps, ils vont partager une intimité et un bonheur éphémère, se donner un peu d'amour et de tendresse.


Trouble opère toujours la bascule entre la légèreté de la vie et ses angles durs, ses zones d'ombres, précisément là où l'effondrement psychologique n'est jamais loin.

Mais ce sont les liens familiaux profonds et sincères qui tiennent debout mère et fille et qui finissent par l'emporter : la vérité sort, les sentiments s'expriment et l'amour triomphe.

Le film s'achève sur une note positive, avec l'image d'une femme élancée et libre, conservant en elle les épreuves traversées, portant ses joies et ses tourments, mais aussi tout ce qui lui reste à accomplir. Valence sera le lieu de cette évolution, de ce tournant qu'emprunte Anna, bâtissant l'air de rien une nouvelle version d'elle-même. Charmant !


Sabrina Piazzi

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