Une farouche liberté - Chronique du livre sur Gisèle Halimi par Annick Cojean

Mis à jour : juin 15


"Entre le faible et le fort, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit". L'Abbé Lacordaire


"Car en mon for intérieur, je décidais que mes mots, cette arme absolue pour défendre, expliquer, convaincre, se prononceraient toujours dans la plus absolue des libertés. Et l'irrespect de toute institution."



Elle voulait à tout pris changer les mentalités et les moeurs dans le prétoire : c'était son obsession.


Gisèle Halimi : femme illustre, femme de poigne et d'une grande intégrité.

Cette femme aux combats incessants pour obtenir la liberté des femmes et l'égalité avec les hommes, se raconte dans un livre d'entretiens, Une farouche liberté, à la journaliste du quotidien Le Monde, Annick Cojean.


Farouche est bien le mot. Cette force, cette vigueur, cette ardeur dans ses actions et sa curiosité insatiable qui la caractérisent l'ont accompagnée toute sa vie. Dès son plus jeune âge, Gisèle Halimi, née en Tunisie dans une famille modeste, se révolte contre l'ordre établi en vigueur dans sa famille. Pourquoi devrait-elle servir ses frères à table et dans la maisonnée comme l'exige sa mère ?


Unique fille d'une famille composée de garçons, elle n'obtempère pas, ne se soumet ni ne se conforme aux règles qui pourraient desservir la jeune fille qui grandit dans cet univers machiste.



Gisèle Halimi, ce Panthéon


Tout au long de son existence, Gisèle Halimi, à travers son regard et son expérience de citoyenne, de militante féministe, d'avocate des droits des femmes et de députée, a voulu dénoncer et réparer les plus grandes injustices, combattre toutes sortes d'abus dont sont victimes les femmes dans la société, au travail, dans la sphère familiale ainsi que dans leurs rapports avec les hommes. Sa mission de vie était de les défendre afin que ces femmes reconquièrent une liberté et une dignité perdues.


Libre, anticonformiste, vive, ardente, rebelle, indignée, contestataire, Gisèle Halimi ne laisse rien passer. Tranchante face à l'hostilité, elle se représente comme une avocate déterminée à faire prévaloir la justice. C'est ainsi qu'elle défend durant la guerre d'Algérie, Djamila Boupacha, condamnée à mort pour avoir déposé une bombe dans un restaurant d'Alger en 1959.


Lors de chaque procès d'envergure, elle prend la défense de femmes victimes d'injustices. Mais au-delà de chaque affaire, ses actions la mènent à s'engager sur des terrains tabous, des sujets de société qui feront grand débat, comme l'avortement libre ou le viol. C'est le cas lorsqu'elle prend part au cas Tonglet-Castellano en 1978.

Au cours de cette sordide affaire, dans laquelle deux étudiantes belges Anne Tonglet et Araceli Castellano subissent un viol collectif alors qu'elles sont en vacances, l'avocate se battra non seulement pour que ses clientes obtiennent gain de cause et réparation, faisant ainsi condamner les trois violeurs, mais aussi plus largement pour faire avancer la cause féminine et ainsi faire reconnaître le droit des femmes à disposer de leur corps et de vivre leur orientation sexuelle en toute liberté, en dénonçant une société phallocrate.


"Procréer doit être un choix, notion indissociable de celle de liberté"


Cette phrase prononcée par l'avocate illustre parfaitement le scandale au coeur du procès de Bobigny de 1972 impliquant une jeune femme, Marie Claire Chevalier, violée durant son adolescence et livrée à la police par son agresseur pour avoir avorté clandestinement.

Nouveau crime, nouvelle ignominie. Gisèle Halimi se rallie à ce nouveau combat, elle qui avait avorté deux fois par le passé. Le procès, en parallèle du débat qu'il soulève, provoquera une grande ferveur dans la rue avec notamment l'appui de nombreuses femmes et personnalités publiques, qui toutes avaient avorté.

Après le verdict, où l'accusée est relaxée, le débat sur l'avortement légal se poursuit et donnera naissance en 1974 à la loi Veil, qui approuve l'interruption volontaire de grossesse (IVG).


"J'étais femme-sujet, exactement comme j'avais toujours voulu l'être, mais dans un monde qui ne s'y prêtait pas."


Indéfectible féministe, Gisèle Halimi aura toujours placé un grand espoir dans le destin des femmes de ce monde : celui de protester, de se révolter, de se révolutionner face au système patriarcal néanmoins toujours en vigueur et qui n'a pas atteint le stade des scories. Après des années de lutte et de dénonciations d'injustices, Gisèle Halimi continue d'appeler au soulèvement international des femmes car la question égalitaire n'est toujours pas solutionnée.


L'avocate n'épargne pas pour autant certaines femmes, celles qui se placent dans une soumission volontaire.

"Il est temps que les femmes sortent de la contradiction entre un discours volontariste et le refus de passer aux actes", disait-elle.


Prenez votre envol, gagnez votre indépendance et votre liberté !

Car cette liberté doit se conquérir en permanence !


Sabrina Piazzi









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